
J’ai reçu l’appel de Laurent un vendredi de juillet 2023. Responsable d’exploitation dans une régie intercommunale, il gérait 45 communes avec 8 techniciens. La sécheresse avait fait exploser le nombre de fuites. Son planning ? Pulvérisé avant 9 heures chaque matin. Selon les données 2023 de France Bleu, 937 millions de mètres cubes d’eau sont perdus chaque année en France via les fuites. Derrière ce chiffre, des équipes terrain qui courent après les urgences sans jamais reprendre le contrôle.
- Le problème n’est pas le volume d’urgences, mais l’absence de critères de priorisation formalisés
- Trois leviers : matrice de priorisation, visibilité temps réel sur les équipes, saisie mobile terrain
- Un outil adapté divise par deux le temps de replanification et fiabilise le reporting
Pourquoi les urgences font exploser vos plannings (et ce n’est pas une fatalité)
Franchement, c’est le piège classique. On pense que le problème vient du nombre d’urgences. Trop de fuites, trop de casses, trop de signalements. Sauf que dans les régies que j’accompagne, le volume d’urgences est rarement le vrai coupable. Le problème, c’est l’absence de règles claires pour décider quoi traiter en premier.
Le vrai problème n’est pas le volume d’urgences
Sans critères objectifs de priorisation, chaque nouvelle urgence remet en question tout le planning. Le technicien appelle. Le responsable tranche au feeling. Les contrôles programmés glissent. Et le lendemain, rebelote.
Dans les structures que j’accompagne, l’absence de critères clairs pour prioriser génère systématiquement un report des contrôles programmés de 2 à 3 jours. Ce constat est limité aux collectivités de taille moyenne ; les grandes métropoles ont souvent des protocoles plus formalisés.

L’autre facteur aggravant ? L’information dispersée. Appels, mails, SMS, post-it. Quand le signalement arrive par trois canaux différents, personne ne sait qui fait quoi. Les techniciens perdent un temps fou à se synchroniser. Les déplacements inutiles s’accumulent.
Selon la grille de délais OPH31, une urgence de niveau 1 impose une intervention en moins de 4 heures. Niveau 2 : moins de 24 heures. Sans visibilité sur qui est disponible et où, tenir ces délais relève de l’exploit.
Trois leviers pour reprendre le contrôle de vos interventions
Les équipes que j’ai formées me remontent toutes la même chose : elles passent entre 45 minutes et 1h30 par jour à replanifier. C’est du temps perdu. Voici les trois axes qui font vraiment la différence sur le terrain.
Les trois leviers qui changent la donne
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Formaliser une matrice de priorisation
Définir des critères objectifs : impact usagers, risque sanitaire, dégâts potentiels, délai contractuel. Chaque technicien sait quoi prioriser sans appeler le responsable.
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Obtenir une visibilité temps réel
Savoir où sont les équipes, qui est disponible, qui termine dans 20 minutes. Pour gérer les plannings des interventions efficacement, cette vision instantanée est indispensable.
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Structurer la saisie terrain
Saisir les données sur place, pas le soir au bureau. Ça évite les oublis, ça fiabilise le reporting, ça libère du temps.
Mon conseil après des années dans le secteur : Je recommande toujours de commencer par formaliser les critères d’urgence AVANT de chercher un outil. Un logiciel ne résout rien si personne ne sait quoi prioriser.
La matrice ci-dessous synthétise les critères que j’utilise avec les régies que j’accompagne. Elle n’est pas exhaustive, adaptez-la à votre contexte contractuel.
| Type d’incident | Impact usagers | Risque sanitaire | Délai contractuel | Priorité |
|---|---|---|---|---|
| Casse alimentation principale | Élevé (quartier entier) | Moyen | 4h | 1 – Immédiate |
| Débordement réseau EU | Moyen | Élevé | 4h | 1 – Immédiate |
| Fuite branchement individuel | Faible (1 abonné) | Faible | 24h | 2 – Sous 24h |
| Compteur défaillant | Faible | Nul | 72h | 3 – Programmable |
Ce que change vraiment un outil de planification adapté au terrain
J’ai accompagné une régie intercommunale après un été catastrophique. Été 2023, pic de sécheresse. Les mouvements de sol avaient cassé plus de canalisations que d’habitude. Le responsable, appelons-le Thierry, recevait les signalements par téléphone, mail, et parfois par le maire qui croisait un technicien au café. Impossible de savoir qui avait traité quoi.
Comment une régie a repris le contrôle après un été de crise
J’ai accompagné Thierry et son équipe de 8 techniciens sur 45 communes rurales. Le problème : informations dispersées entre appels, mails et papier. Impossible de prioriser, impossible de prouver les délais d’intervention à la collectivité.
Solution mise en place : Matrice de priorisation formalisée + outil mobile de saisie terrain. Chaque technicien qualifie l’urgence selon 4 critères, saisit son rapport sur place, géolocalise l’intervention.
Résultat après 6 mois : Temps de replanification divisé par deux. Rapports produits en temps réel. La collectivité a enfin des données fiables pour son bilan annuel.

Selon l’étude FP2E sur la digitalisation, l’intégration du numérique dans les services d’eau permet d’accéder à un niveau supérieur de performance. Concrètement, ça veut dire quoi ?
Avant : Signalement par téléphone → Note papier → Affectation orale → Rapport rédigé le soir → Saisie administrative le lendemain. Délai total : 24 à 48h avant données exploitables.
Après : Signalement centralisé → Qualification automatique → Affectation visible par tous → Rapport saisi sur place → Données disponibles instantanément. Délai : temps réel.
Les contrats de DSP imposent généralement des obligations strictes. Selon le contrat DSP Gap-Tallard-Durance 2024, le service d’astreinte doit être joignable 24h/24, 365 jours par an. Le non-respect des délais entraîne des pénalités. Sans outil pour tracer les interventions, prouver votre réactivité devient un casse-tête.
La même logique s’applique à la planification des opérations programmées, comme le détaille cet article sur le logiciel pour planifier les contrôles d’assainissement.
Vos questions sur la gestion des urgences eau et assainissement
Faut-il absolument un logiciel pour mieux gérer les urgences ?
Non, pas forcément. La première étape, c’est de formaliser vos critères de priorisation. Un tableau Excel partagé peut suffire au départ. Le logiciel devient pertinent quand vous avez plus de 5 techniciens ou quand le reporting pour la collectivité vous prend trop de temps.
Comment convaincre les techniciens réticents au numérique ?
Soyons clairs : les anciens ne sont pas réfractaires au numérique, ils sont réfractaires aux outils qui leur compliquent la vie. Choisissez une solution simple, mobile, qui leur évite de ressaisir le soir ce qu’ils ont fait dans la journée. Le gain de temps personnel est le meilleur argument.
Quel est le premier levier à activer pour reprendre le contrôle ?
La matrice de priorisation. C’est gratuit, ça prend une demi-journée à formaliser avec votre équipe, et ça change immédiatement la donne. Chaque technicien sait quoi faire sans appeler le responsable.
Comment arbitrer entre une urgence et un contrôle programmé ?
Appliquez votre matrice. Si l’urgence est de niveau 1 (impact usagers élevé ou risque sanitaire), elle passe devant. Si c’est un niveau 2 ou 3, le contrôle programmé peut être maintenu. L’erreur classique : tout traiter comme une urgence absolue.
Quel délai pour voir des résultats concrets ?
Si vous formalisez vos critères et communiquez clairement à l’équipe, comptez 2 à 3 semaines pour constater une baisse des appels de coordination. Pour le reporting automatisé, ça dépend de l’outil choisi, mais comptez plutôt 2 à 3 mois avant d’avoir des données vraiment exploitables.
Et maintenant ?
Plutôt que de conclure, posez-vous cette question : quel est le premier irritant que vous voulez éliminer ? Les appels de coordination qui interrompent votre journée ? Les rapports bâclés le vendredi soir ? Le stress des techniciens qui ne savent pas quoi prioriser ?
Votre plan d’action pour les 15 prochains jours
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Réunir l’équipe 1h pour définir ensemble les 4 critères de priorisation
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Formaliser la matrice sur un document partagé accessible à tous
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Tester pendant 2 semaines avant d’évaluer le besoin d’un outil
La gestion des urgences ne sera jamais confortable. Mais elle peut devenir prévisible.